, février 10, 2026

Sécurité routière sur la RN2 : l'accident de Régina relance le débat sur l'état du réseau


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Sécurité routière sur la RN2 : l'accident de Régina relance le débat sur l'état du réseau
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Un violent choc frontal sur la nationale 2, au PK 116, dans la commune de Régina, a fait cinq blessés samedi 8 février 2026, dont deux enfants. Si aucun pronostic vital n'est engagé, l'accident met en lumière les défis récurrents de la sécurité routière sur cet axe stratégique de l'Est guyanais.

Samedi, vers 16h30, une collision entre un pick-up Hilux et un véhicule Dacia s'est produite sur la RN2, dans une zone enclavée entre Cayenne et Saint-Georges-de-l'Oyapock. À bord du Hilux, une famille de quatre personnes : le père et son fils de treize ans, légèrement blessés, ont été transportés en ambulance vers le centre hospitalier de Cayenne. La mère et sa fille de sept ans, toutes deux en état de choc, ont été héliportées par le Dragon 973. La mère présentait des difficultés respiratoires et une blessure à l'abdomen. Le conducteur du Dacia, seul à bord, a lui aussi été évacué par hélicoptère du SAMU pour des blessures sévères aux jambes et au bassin.

Vingt-cinq sapeurs-pompiers et membres des forces de l'ordre ont été mobilisés pour sécuriser la zone et prendre en charge les victimes. L'enquête devra déterminer les circonstances exactes de l'accident — vitesse, conditions de visibilité, état de la chaussée — mais le drame relance un constat partagé par les usagers réguliers de cet axe : la RN2, seule route reliant l'île de Cayenne à la frontière brésilienne, concentre un nombre élevé d'accidents graves.

Une route unique pour tout l'Est guyanais

La nationale 2 s'étire sur plus de 180 kilomètres, traversant une forêt dense, des zones à faible couverture réseau téléphonique, et des secteurs sans éclairage nocturne. Les dépassements y sont souvent risqués, les virages masqués par la végétation, et les distances entre les secours et les lieux d'accident parfois considérables. En cas de collision, le délai d'intervention peut dépasser une heure, un facteur aggravant pour les victimes.

Selon les données de la préfecture de Guyane publiées en janvier 2026, le bilan de la sécurité routière pour l'année 2025 fait état de plusieurs dizaines de morts sur les routes guyanaises. Un chiffre qui place le territoire parmi les plus accidentogènes de France rapporté à sa population. La RN2 figure régulièrement dans les points noirs identifiés par les services de l'État.

Investissements en cours, mais insuffisants selon les élus

La direction des routes de Guyane (DRG), rattachée à la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL), pilote depuis plusieurs années un programme de sécurisation de la RN2. Des travaux d'élargissement, de signalisation et de renforcement des accotements ont été réalisés sur certains tronçons. En 2025, le préfet de Guyane avait annoncé une enveloppe de plusieurs millions d'euros dans le cadre du Plan départemental de sécurité routière.

Mais pour les élus locaux, ces efforts restent insuffisants face à l'ampleur des besoins. Le maire de Régina, interrogé après l'accident, a rappelé les demandes répétées des communes de l'Est pour un doublement de certains tronçons et une meilleure couverture en moyens de secours. « Nos administrés prennent la route chaque jour pour aller travailler à Cayenne, conduire leurs enfants à l'école, ou accéder aux soins. Cette route est leur seul lien avec le reste du territoire », souligne-t-il.

La question du comportement des conducteurs

Au-delà de l'infrastructure, la préfecture insiste sur le facteur humain. « Toutes les victimes des six homicides de la route commis depuis le début de l'année l'ont été dans des circonstances impliquant l'alcool, la vitesse ou le non-respect des règles de sécurité », rappelait la procureure de Cayenne dans un communiqué récent. Les contrôles routiers renforcés, déployés dans le cadre du plan de sécurité 2026, visent à endiguer ces comportements à risque.

Le 1er février dernier, deux jeunes avaient trouvé la mort dans un accident à Cayenne. Le conducteur, en fuite, avait été interpellé et contrôlé positif à l'alcool. Le 4 février, deux hommes avaient été blessés par balle à Matoury, mais les accidents de la route restent la première cause de mortalité violente sur le territoire.

Un enjeu de désenclavement

Pour les observateurs, la sécurité routière en Guyane est indissociable de la question du désenclavement. Faute d'alternatives — pas de ligne de chemin de fer, un réseau de bus interurbain limité, des liaisons aériennes coûteuses —, la voiture reste le mode de transport dominant. Le développement du pont de l'Oyapock, ouvert en 2017, a accru le trafic vers le Brésil, ajoutant une pression supplémentaire sur la RN2.

Le projet de route du littoral, évoqué depuis des décennies, permettrait de relier directement Cayenne à Saint-Laurent-du-Maroni par la côte, délestant la RN1 et la RN2. Mais son coût estimé à plusieurs milliards d'euros et les contraintes environnementales liées à la traversée de zones protégées repoussent sans cesse son horizon de réalisation.

En attendant, les familles de l'Est guyanais continuent de prendre la route, conscientes des risques. Samedi, à Régina, la mobilisation des secours a permis de sauver cinq vies. La prochaine fois, l'issue pourrait être différente.

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