En Martinique, le bilan annuel de la délinquance pour l’année 2025, présenté en préfecture à Fort-de-France, dessine un tableau contrasté. D’un côté, les atteintes aux biens reculent nettement. De l’autre, les violences aux personnes continuent de progresser, et l’année est marquée par un niveau inédit d’homicides, largement commis avec des armes à feu. En toile de fond, les autorités pointent le narcotrafic et la circulation des armes comme principaux moteurs des faits les plus graves.
Selon Martinique la 1ère, les atteintes aux biens diminuent de 6,3 % en 2025. Le préfet rappelle une trajectoire récente : baisse pendant la crise sanitaire, puis hausse continue entre 2021 et 2024, avant ce recul en 2025.
Plusieurs indicateurs sont en baisse :
- les cambriolages reculent de 10 % ;
- les cambriolages visant les logements reculent de 2,5 % ;
- les vols de véhicules reculent de 9 % ;
- les vols sans violence reculent de 3,7 %.
Martinique la 1ère précise qu’avec 20,51 faits pour 1 000 habitants, la Martinique se situe en dessous de la moyenne nationale (27,71), à l’exception notable des vols avec violence.
Violences aux personnes : une hausse persistante
À l’inverse, les violences aux personnes progressent encore : +5,1 % en 2025. Deux catégories sont particulièrement mises en avant :
- les violences intrafamiliales, avec +8,7 % de victimes enregistrées ;
- les violences sexuelles, avec +7,8 % en nombre de faits.
Cette dynamique “préoccupante” est décrite comme un contraste avec l’amélioration sur les atteintes aux biens.
40 homicides, dont 34 par armes à feu
Le point le plus marquant du bilan concerne les homicides. Martinique la 1ère indique que l’année 2025 compte 40 homicides, dont 34 commis par armes à feu. Un niveau présenté comme record sur les deux dernières décennies.
Dans le même temps, les tentatives d’homicide diminuent de 17,4 %, passant de 219 à 181. Une amélioration relative, mais qui ne réduit pas la gravité du niveau de violence dite “haut du spectre”. Le bilan souligne que cette violence est en partie liée aux trafics d’armes et de stupéfiants.
Armes : vols, saisies, et pression judiciaire
Les vols avec armes à feu reculent légèrement (-3,9 %), mais restent très supérieurs à la moyenne nationale. Le taux mentionné est de 0,88 pour 1 000 habitants, contre 0,12 au niveau national.
Les saisies d’armes à feu, en revanche, augmentent fortement : 294 armes interceptées en 2025, soit une hausse de 60,7 %.
Le préfet Étienne Desplanques insiste sur la priorité donnée à la saisie d’armes en 2025. Il souligne également la montée en puissance des moyens d’investigation et l’existence de groupes dédiés aux armes, en zone police comme en zone gendarmerie.
Le préfet insiste sur un objectif : remonter les filières et interpeller “le dernier vendeur”, celui qui vend à celui qui va tuer. Il dit aussi espérer que les dossiers se concrétisent “sur le plan judiciaire” dans les semaines et mois à venir.
Narcotrafic : une action renforcée, des chiffres de saisies
Le bilan présenté en préfecture situe la violence la plus grave dans un contexte plus large : celui du narcotrafic. Martinique la 1ère indique qu’en 2025, 35,7 tonnes de stupéfiants ont été saisies en haute mer (+26 % sur un an), et 2,7 tonnes sur le territoire martiniquais.
Les autorités décrivent des opérations multipliées en mer et sur le littoral (Caïman, Scotopelia), des contrôles renforcés dans les ports et aéroports, ainsi qu’une action patrimoniale visant à fragiliser les réseaux.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé le renforcement de dispositifs de détection dans la zone, notamment des radars et des drones maritimes, ainsi qu’une coopération régionale renforcée. Le ministre évoque aussi un trafic qui “s’implante” en Martinique et en Guadeloupe.
Coopération régionale : l’exemple d’une saisie de cocaïne
Le bilan de la délinquance s’inscrit aussi dans une logique de coopération régionale. À titre d’exemple, Martinique la 1ère a relaté l’interception, le 28 janvier, d’un navire de pêche battant pavillon de la Barbade, à bord duquel 30 ballots de cocaïne ont été saisis, soit 676,6 kg.
Fait notable : les autorités barbadiennes ont souhaité conserver leur compétence juridique sur le navire intercepté et ont demandé son déroutement vers Bridgetown. L’opération s’est appuyée sur des renseignements et une coopération interservices (JIATF-S, DNRED, moyens aériens du RSS basé à la Barbade, garde-côtes barbadiens).
Détruire des armes, convaincre de parler
La question des armes ne se limite pas à la saisie. Dans un article antérieur, Martinique la 1ère a montré la destruction d’environ 1 000 armes à Fort-de-France. Le préfet y rappelait que des personnes étaient incarcérées uniquement pour port d’arme à feu, signe d’une politique pénale plus ferme.
Il soulignait aussi une limite : les autorités ne connaissent pas le stock réel d’armes en circulation. D’où un appel à la population : signaler, coopérer, “briser quelques tabous”. Une coopération jugée nécessaire pour intervenir “avant qu’il ne soit trop tard”.
Un bilan qui pose une question : comment casser la dynamique de violence
Le bilan 2025 met en évidence une réalité : la baisse des vols ne suffit pas à décrire l’état de sécurité. Les homicides et violences armées, elles, pèsent sur la société, alimentent un sentiment d’insécurité et fragilisent la confiance.
Les autorités misent sur plusieurs leviers : saisir plus d’armes, renforcer l’investigation, frapper les réseaux de stupéfiants en mer, intensifier les contrôles, et obtenir des résultats judiciaires.
Mais le bilan fait aussi apparaître un défi : si les saisies augmentent et si des moyens supplémentaires sont mobilisés, la violence armée atteint un niveau record. La question est donc celle du temps : combien de mois, combien d’affaires, combien de filières démantelées pour que la courbe des homicides s’inverse durablement ?

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