, février 10, 2026

Filière canne, négociations sociales au point mort avant la campagne, une fragilité économique remise à nu


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Filière canne, négociations sociales au point mort avant la campagne, une fragilité économique remise à nu
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Table des matières

À mesure que la date de démarrage de la campagne cannière approche, la Guadeloupe retrouve une mécanique bien connue : la filière canne est un pilier économique, mais c’est aussi un secteur où la moindre tension sociale peut faire basculer la saison. Cette année, le signal est clair : les négociations sociales sont au point mort alors que la récolte se profile.

Les discussions entre organisations syndicales et représentants du patronat ont débuté fin décembre. Selon l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), elles n’ont toujours pas permis de dégager de consensus, notamment sur un sujet qui, en apparence, peut sembler procédural mais qui est, en réalité, central : la composition des délégations salariales appelées à siéger à la table des négociations.

Pour l’UGTG, la présence imposée d’un syndicaliste jugé “sans réelle représentativité” fausserait le dialogue social et minerait la légitimité des échanges. Autrement dit : avant même de parler de salaires, de conditions de travail et d’organisation de la campagne, la filière bute sur la question de “qui parle pour qui”.

La question de la représentativité : un verrou avant les NAO

Le calendrier donne à ce blocage un poids particulier, car la période correspond à l’approche des NAO (négociations annuelles obligatoires), moment clé où sont discutés, entre autres, les salaires et les conditions de travail dans la filière.

Dans une filière saisonnière, où la campagne concentre une partie importante de l’activité et des revenus, les NAO ne sont pas un rituel administratif. Elles sont un passage obligé pour sécuriser le fonctionnement de la campagne. Quand la représentativité est contestée, la discussion sur le fond devient difficile, voire impossible, parce que la décision issue de la table peut être contestée sur sa légitimité.

Cette mécanique est classique : la forme devient le fond, et l’absence de consensus sur la forme rend toute avancée fragile.

Une date de campagne contestée : 16 février – 30 juin

Un autre point de tension mentionné concerne la période retenue pour la campagne : du 16 février au 30 juin. L’UGTG la juge “arbitraire” et imposée par le patronat, sans prise en compte des réalités du terrain et du calendrier social.

Dans une filière agricole, la question de la date n’est pas neutre. Elle touche à l’organisation du travail, aux rythmes des exploitations, à la disponibilité des ressources, à l’articulation entre récolte, transport et transformation. Elle touche aussi à l’équilibre social : démarrer une campagne sans accord clair sur la méthode de discussion, c’est prendre le risque de commencer sous tension.

La filière canne : un secteur essentiel, mais éprouvé

Le contexte économique amplifie ces tensions. L’article rappelle que la filière canne reste essentielle à l’économie guadeloupéenne, mais qu’elle sort de deux récoltes jugées particulièrement difficiles, avec des rendements en baisse qui ont fragilisé l’ensemble du secteur.

Ce point est déterminant. Une filière fragilisée supporte moins bien les chocs. Quand les rendements baissent, la marge de manœuvre se réduit : les planteurs encaissent moins, la transformation subit des volumes plus faibles, et chaque coût fixe pèse davantage.

Dans ce type de configuration, un conflit social a un impact double.

D’abord, un impact direct : retards, arrêts, perturbations logistiques. Ensuite, un impact indirect : perte de confiance, report de décisions, dégradation de l’image de filière, difficulté à stabiliser les relations entre acteurs.

Pourquoi l’enjeu dépasse le “social”

Il est tentant de classer ce sujet dans la rubrique “social”. Pourtant, la filière canne est un objet économique complet. Elle mobilise une chaîne : production agricole, transport, transformation, puis, selon les débouchés, distribution ou export.

Quand la campagne est perturbée, c’est tout l’écosystème qui est touché :

  • les planteurs, dont les revenus dépendent en partie du bon déroulement des livraisons ;
  • les salariés, dont l’activité se concentre sur la campagne ;
  • les entreprises et prestataires autour de la filière ;
  • et, plus largement, le territoire, parce que la canne structure des surfaces, des emplois et des flux.

La filière est aussi, mécaniquement, un sujet politique. Parce qu’elle occupe une place dans l’identité économique de l’île. Parce qu’elle renvoie à l’aménagement du territoire. Et parce qu’elle pose une question récurrente : comment moderniser, stabiliser, et sécuriser une filière, lorsque ses équilibres sont à la fois agricoles, industriels et sociaux ?

Le risque de “troisième choc” après deux campagnes difficiles

L’article évoque les deux dernières récoltes difficiles, marquées par des rendements en baisse. Sans ajouter de chiffres non mentionnés, on peut en tirer une conclusion prudente : une filière déjà éprouvée est plus vulnérable à un nouveau choc.

Ce nouveau choc, dans ce cas, pourrait être social. Il pourrait aussi être organisationnel : une campagne qui démarre sans accord clair, avec des tensions sur la représentativité et sur le calendrier, est une campagne qui peut se retrouver en “gestion de crise” dès les premières semaines.

Or, une campagne cannière se joue sur des fenêtres temporelles. Quand le calendrier se décale, cela peut produire des effets sur les livraisons, sur la transformation, et sur la stabilité des équipes.

Ce que les acteurs espèrent : un accord avant le début effectif

Malgré cette situation, l’article précise que syndicats, patronat et acteurs de la filière espèrent toujours parvenir à un accord avant le début effectif de la récolte, afin d’assurer une campagne sucrière sereine et éviter qu’un conflit social ne vienne encore pénaliser une filière déjà éprouvée.

Cette phrase est importante : elle dit que rien n’est figé. Elle dit aussi que le temps est compté.

Car, à mesure que la date du 16 février se rapproche, chaque jour sans consensus augmente le risque d’un démarrage “sous conflit” ou “sous menace”. Dans une filière où l’organisation est lourde, le coût du retard peut être plus élevé que celui de la négociation.

Le vrai sujet : la stabilité d’une filière structurante

Au fond, la question posée est moins celle d’un désaccord ponctuel que celle de la stabilité d’ensemble. La canne ne peut pas être, chaque année, un dossier qui se rejoue au bord de la crise. Une filière structurante a besoin d’un minimum de prévisibilité : un cadre de dialogue reconnu, des règles de représentativité acceptées, un calendrier construit.

Le blocage actuel rappelle que la stabilité économique passe aussi par des institutions de dialogue social robustes. Quand elles sont fragilisées, c’est toute la chaîne de valeur qui peut être entraînée.

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