Neuf cents emplois supprimés en moins d'un an. Le chiffre révélé par Bertrand Aumand, chef de service territorial de l'INSEE-Martinique, lors d'une con férence de presse commune avec l'IEDOM le 26 juin dernier, témoigne de l'ampleur des dégâts économiques causés par les destructions d'entreprises survenues fin 2024. Trois trimestres après le mouvement social contre la vie chère, l'île peine à redresser la barre.
Une confiance économique au plus bas "depuis de nombreuses années"
"On est arrivés, comme on ne l'avait pas vu depuis de nombreuses années, en zone négative fortement", déplore Patrick Croissandeau, directeur de l'IEDOM-Martinique. Les derniers chiffres de l'INSEE publiés le 23 septembre confirment cette tendance : l'activité économique martiniquaise recule de 1,3% sur un an au deuxième trimestre 2025.
"La confiance a été vraiment impactée, les chocs subis ont vraiment affecté cette confiance. Et on sait l'impact de la diminution de confiance sur l'économie" , analyse le directeur de l'IEDOM, pointant du doigt un cercle vicieux difficile à briser.
Le secteur privé paie le prix fort
Le secteur privé concentre 80% des pertes d'emplois avec 400 suppressions de postes. Conséquence directe : le taux de chômage est passé de 12 à 12,8%. Les défaillances d'entreprises sont en hausse sur un an.
"La plupart des secteurs perdent de l'emploi et sont en baisse d'activités. L'industrie c'est -2%, l'hébergement-restauration ça se contracte aussi avec -2%. En fin d'année 2024 c'était déjà -5% dans ce secteur-là donc les baisses se cumulent, ce qui n'est pas bon pour la situation de l'emploi" , détaille Bertrand Aumand.
Le secteur de la construction n'est pas épargné. Affecté par la baisse du marché du neuf, il enregistre un recul tant des heures rémunérées que du volume d'emploi. Quant au tourisme, pilier traditionnel de l'économie insulaire, la fréquentation hôtelière continue de décliner en raison du recul de la clientèle hexagonale.
Un "verre à moitié plein" selon l'IEDOM
Face à ce tableau sombre, Patrick Croissandeau tente de relativiser. "On a un taux de chômage très élevé en Martinique, mais qui reste le moins élevé des territoires ultramarins, on a une dynamique de production du crédit qui montre que des entreprises continuent à investir" , souligne-t-il.
Le directeur de l'IEDOM mise sur le secteur industriel pour sortir de l'ornière : "L'industrie est un secteur qui crée de la valeur ajoutée comme peu d'autres secteurs. La structuration des filières on en parle beaucoup, mais il faut le faire. Et il faut faire en sorte de travailler ensemble, faire peut-être que les industries se regroupent. On a là sans doute un axe à développer."
Autre lueur d'espoir : le recul de l'inflation sous le seuil de 2% en début d'année 2025, qui devrait favoriser une réduction du coût du crédit et stimuler la demande intérieure.
Combien de temps encore ?
"Il faut être très vigilants, rebondir et tout faire pour que l'économie reparte" , martèle le chef de service de l'INSEE. Mais la question demeure : pendant combien de temps encore les effets de ces destructions d'entreprises impacteront l'activité économique martiniquaise ? Pour l'instant, aucun expert ne se risque à un pronostic.
Une certitude néanmoins : neuf mois après les événements de fin 2024, l'économie martiniquaise n'a pas encore tourné la page.

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